Le départ des religieuses bénédictines de Mantes-la-Jolie

Cet article est écrit dans le cadre du challenge UPro-G (voir ici) ; thème imposé du mois de janvier 2026 : un prêtre ou une religieuse.

Au cours du XVIIe siècle, les villes du royaume de France voient se multiplier, en leurs murs, la création de couvents féminins, avec l’arrivée de bénédictines, d’ursulines, de carmélites, etc.

Mantes-la-Jolie (Yvelines) n’échappe pas à cet engouement, mais la Révolution modifie profondément le paysage religieux.

La fin des ordres religieux

Le premier décret qui touche les congrégations religieuses est celui du 2 novembre 1789 qui met les biens de l’Église à la disposition de la Nation. Il s’agit des biens de 1re origine dont beaucoup sont ensuite vendus pour des raisons purement financières car les caisses sont vides.

Puis le décret du 13 février 1790 interdit les vœux monastiques et supprime les ordres religieux réguliers, c’est-à-dire ceux soumis à une règle monastique et vivant hors du monde, car considérés comme non utiles (ils n’avaient pas vocation à dispenser les sacrements, ni des soins aux malades, infirmes ou indigents, ni même des missions d’enseignement). Cependant, la Nation n’abandonne pas ces religieux et pourvoit à leur sort après déclaration devant la municipalité du lieu (article 2 du décret) :

« 2° Que tous les individus de l’un et de l’autre sexe, existants dans les monastères et maisons religieuses pourront en sortir en faisant leur déclaration devant la municipalité du lieu, et il sera pourvu incessamment à leur sort par une pension convenable.

Il sera pareillement indiqué des maisons où seront tenus de se retirer ceux et celles qui préféreront de ne pas profiter des dispositions du présent décret. » (Aulard 1903, p. 100)

Enfin, le décret du 18 août 1792 supprime aussi les congrégations séculières, malgré leur implication dans l’enseignement et les hôpitaux, en accordant une pension aux personnes, hommes ou femmes, qui les composaient.

Le cas des bénédictines de Mantes-la-Jolie

Installées dans cette commune depuis 1689, les bénédictines sont encore 18 (13 religieuses de chœur et 5 converses) quand intervient la vente aux biens nationaux. Elles décident alors de « quitter le cloître et vivre chacune en particulier dans le monde ».

Division du revenu du couvent entre les religieuses et converses bénédictines de Mantes (AD78, 3Q 44 : Délibération du directoire du département de Seine-et-Oise, 8 avril 1791)

Un aspect de leurs conditions de vie transparait dans l’inventaire de leurs meubles et effets mobiliers de 1790. Ainsi, en plus des ustensiles et meubles d’usage collectif (comme les ustensiles de la cuisine ou les meubles des parties communes : réfectoire, parloirs, infirmeries, etc.), on apprend que chaque religieuse, quel que soit son statut, a, dans sa cellule, une cheminée, un lit composé « d’un tour de lit en serge, paillasse, matelas, couverture, traversin et courtepointe picquée […]. En outre, chaque cellule est meublée d’une table, d’une commode, d’une armoire pratiquée communément dans le mur, de quatre chaises et d’un fauteuil ».

Lors de leur retour dans la vie civile, en plus du revenu qui leur est accordé, elles demandent que leur soient partagés les quarante-neuf paires de draps et les neuf douzaines de serviettes sous scellés et parmi les meubles, chacune un lit avec deux matelas ou un matelas, plus un lit de plume, une armoire, une commode et des ustensiles de cuisine.

Sources et bibliographie :

  • AULARD (A.). – La Révolution française et les congrégations : exposé historique et documents. Paris : Édouard Cornély éditeur, 1903. 325 p.
  • Archives départementales des Yvelines (AD78), 3Q 44 : Domaines nationaux, dossiers individuels de séquestres révolutionnaires des biens des établissements religieux supprimés : Bénédictines de Mantes, 1790-an X.

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